dimanche 3 mars 2013

Dominica quand tu nous tiens


C’est la fin d’un mois que nous n’avons pas vu filer, une escale en Dominique qui s’est prolongée tout naturellement, au point que nous avons presque eu du mal à nous résoudre à quitter cette île. Il y a des escales dont on se souviendra, Dominica en fait partie ! Alors accrochez-vous, on a plein de choses à raconter...

A vrai dire en arrivant à Portsmouth (au Nord de l’ile) depuis Roseau (au Sud de l’ile), on ne s’y est tout d’abord pas senti très bien. On y a retrouvé l’atmosphère bien connue des baies qui se sont métamorphosées de manière à accueillir les voyageurs à voile. Une chaloupe nous accueille à plusieurs milles de l’arrivée pour nous proposer une bouée, dans l’heure qui suit une succession de boat boys nous a proposé 5 ballades avec guide sur l’Indien river ou ailleurs, de déposer nos poubelles à terre, quelques fruits frais, un service de lessive livrée au bateau, de quoi fumer, il parait que les hommes seuls se voient même proposer de la compagnie féminine… Dommage, nous n’avons besoin de rien de tout ca. Nos refus sont pris sans broncher et on nous laisse rapidement tranquille, mais ces échanges rapides sont les seuls contacts que nous ayons avec les gens du coin. Des hommes qui se lèvent avec le soleil et sillonnent la baie sans relâche tous les jours pour tenter de gagner leur croute, des hommes qui n’ont pas la tète à discuter avec les voyageurs de passage «juste comme ca, pour ne rien dire»… C’est un peu frustrant, on aimerait passer au delà de ces premiers contacts si peu naturels, on commence à se demander si c’est possible d’aller à la rencontre des gens ou si notre mode de voyage nous condamne à nous heurter à cette barrière. Nous commençons à comprendre plus concrètement pourquoi tant de voyageurs au long cours évitent de passer du temps dans ce coin du monde. Les Antilles croulent sous les voiliers de plaisance pour la plupart en quête de plaisir rapides le temps d’une location de deux semaines, un jour par mouillage et on enchaine. Ce besoin de services et de consommation a déformé les rapports humains, la rencontre entre voyageur de passage et gens du coin se réduit à une relation skippeur-boat boy, du business…

Bref, on ne vous refait pas le topo pour la cinquantième fois, à force de lire ce blog vous devez commencer à connaitre nos états d’âmes par cœur… Si nous avions attendu d’avoir assez de ressources pour acheter un bateau capable de nous amener dans un coin désert du Pacifique on serait encore plantés à Cowes à l’heure qu’il est, à la place nous avons choisi de larguer les amarres avec les moyens du bords, et nous nous retrouvons à sillonner les Antilles comme tous ceux qui ont fait le même calcul que nous… mais malgré ca nous sommes bien décidé à y vivre de belles choses !

Nous avons pris un peu plus de recul sur notre projet durant les mois passés en Europe cet été, et commençons enfin à comprendre que la clef est de prendre le temps, faire moins d’escales mais des escales plus longues… et à Portsmouth, nous avons finalement su laisser le temps aux choses d’arriver…



Au bout de quelques jours nous rencontrons Din qui rentre d’une chasse sous marine, il prépare ses poissons tout en nous décrivant ses gestes. Attention aux écailles empoisonnées de ce poisson a grosse bouche ; en créole on l’appel « vint quat’weur » parce qu’il vous déclenche une infection carabinée qui dure « vingt quatre heures ». Le contact avec lui est super sympa ; il prône un art de vivre en harmonie avec la nature, n’aime pas prévoir le déroulement de ses journées, préfère laisser les choses se faire quand elles doivent se faire. Il porte de longues dread locks et une barbichette entortillée sous le menton, un sourire franc et plein de gentillesse, Din est un rasta. Nous partageons des moments sympa avec lui à chaque fois que nous passons devant sa maison, et puis quelques jours plus tard il propose de nous emmener « on a journey » dans les collines tout la haut, dans les jardins de la Dominique. Cool ! 

Nous sortons de Portsmouth, empruntons la route des Cabrits vers le Nord, Din connait tout le monde, nous nous arrêtons tous les cinq minutes pour tchatcher sur le bord de la route. Il connait aussi chaque plante, chaque broussaille, et leurs vertus médicinales. Les cinq sens à l’affut, nous tentons de mémoriser le flux d’information qui se déverse sur nous. Et puis la route commence à monter et devient rapidement sérieusement abrupte. Din lance « and now, we will start challenging the hills », défier les collinesOk, pas de problème, on aime bien les défis ! Mais Din marche vite, vraiment tres vite, au bout de dix minutes de montée on abandonne l’idée de suivre son rythme et ralentissons franchement, au bout de vingt minutes je ne l’aperçois plus que dans les grands virages, au bout d’une demie heure nous l’avons tout simplement perdu de vue. Un pied devant l’autre, courage, il est midi, il fait trente dégrée, nous sommes en plein soleil, mon rythme cardiaque s’emballe mais je marche déjà aussi lentement que je peux, nous n’avons aucune idée de combien de temps il va nous falloir grimper comme ca, ni de si nous allons retrouver Din en haut… Benoit se cale sur mon rythme pour ne pas me laisser tomber mais je sens bien qu’il n’en mène pas large non plus (note du correcteur : « Comment ça tu sentais que j’en menais pas large non plus, je t’attendais c’est tout ! »). Je commence sérieusement à me demander si je ne vais pas m’assoir sur le bord de la route et attendre qu’ils redescendent, voir même me mettre en petite boule et espérer que mon corps roule de lui-même jusqu’en bas de la pente… Et puis enfin ça y est, on aperçoit Din tout en haut, il nous indique un raccourcis pour les dernières centaines de mètres, il affiche un grand sourire, visiblement en pleine forme ! Bon il nous rassure, c’est normal qu’on soit au bord de l’écroulement, on s’en est même pas trop mal sorti, lui il la monte depuis toujours cette colline, et il aime bien se lancer le défi de la monter le plus vite possible, apparemment tout est dans la tète…

Nous avançons le long d’une rivière, c’est le coin ou la grand mère de Din l’envoyait chercher des plantes, des fruits, des épices quand il était gamin. Ici pas de chemin balisé, nos pieds s’enfoncent sans prévenir dans des trous camoufles sous la végétation, nous sommes pieds nus pour éviter de glisser avec nos chaussures recouvertes de boue. Din repère en un coup d’œil l’arbre intéressant: celui dont l’écorce possède certaines vertues, celui dont la courbure ferait une belle table, celui qui porte des baies ou des fruits en été ; il nous explique qu’il est primordial de couper les arbres au bon moment du cycle de la lune pour éviter qu’ils ne se fassent attaquer par les verres et pour que le bois soit de bonne qualité… Et puis il annonce de manière complètement détendue qu’avant qu’on ne construise la route que nous avons emprunte pour monter, ce coin la était infeste de serpent, des gros boas. Ah ouai super dis donc ! Et ça fait longtemps que ça a change ? Quelques années à peine ? Ah bon ! Mouai, nous continuons à progresser dans la foret sans voir ou nous mettons les pieds, pas hyper à l’aise la Katia… En Dominique il n’y aurait aucun animal ou insecte venimeux, par contre les boa peuvent être gros comme ma cuisse et long d’une dizaine de mètres… Il parait qu’ils n’attaquent que si on les attaque, et pas si on leur marche dessus sans s’en rendre compte, bonne nouvelle !

Nous arrivons sur les terres de Din, il les a héritées de sa famille, son frère préfère vivre à la ville et les terres n’ont pas été exploitées depuis des années. D’ici peu il viendra y installer toute sa famille, il y fera pousser des fruits et des légumes, juste assez pour la consommation de sa famille et de quoi échanger à droite à gauche contre les rares choses qu’il ne produira pas lui même. Lui et sa compagne ont déjà trace les contours de ce que deviendra ce petit coin de paradis. Ca fera une bonne demi-heure de marche dans les collines pour attraper le bus scolaire tous les matins, mais comme il dit la marche à pied c’est bon pour les enfants !

La nuit est tombée depuis un bon moment lorsque nous arrivons au bout de cette ballade fascinante. Nous avons marche 8 heures, avec une vingtaine de kilo de fruits dans les sacs à dos, ramasses ici et la sur le chemin du retour. Je suis devenue assez bonne en réception de pamplemousse lancés par Din ou Benoit perchés en haut de l’arbre… Tout le long de la ballade nous nous sommes régalés de fruits gorgés de jus sucre, orange, pamplemousse, oranges amères, mangues, citrons… Din nous avait prévenus, pas besoin de pique nique, on trouvera tout ce qu’il faut en route !



De retour sur Callisto on se masse les mollets qui ont sérieusement chauffes, et on tombe de sommeil en se demandant comment on pourrait lui rendre la pareil pour cette journée géniale… C’est chose faite le lendemain, Din demande à Benoit si il s’y connait en mécanique. « Je ne suis pas un mécano mais je me débrouille, je vais jeter un œil ». Quelqu’un du quartier a donne un vieux hors bord de quinze chevaux à Din, il n’a pas démarré depuis au moins 7 ans, autant dire que les chances qu’il redémarre un jour sont assez minces… Mais parfois on ne sait pas pourquoi, tout se passe bien, et au bout de deux demi journées de boulot Benoit arrive à faire redémarrer la bête ! Din est super content, ca lui donne une motivation toute nouvelle pour enfin construire le petit bateau qui l’emmènera pécher, avec le quinze chevaux au fesses. Il a récupéré le fond d’une vielle annexe semi rigide dont le boudin avait fait son temps. Il pense lui faire construire un franc bord en fibres de verre, mais le boat builder local ne se presse pas pour commencer le boulot et le projet reste sans suite… Ca discute, Benoit suggère une méthode inspirée de celle qu’il a utilisée pour construire la Yole de mon papa cet été. Din est attentif, il est curieux et surtout ravi d’avoir l’occasion d’apprendre de quelqu’un qui s’y connait, on sent qu’il enregistre la moindre information. Au fil des jours la coque en plastique sors de plus en plus souvent de sous sa bâche, et finalement Benoit propose de construire le bateau.

C’est le début d’une belle histoire. Pendant deux semaines, nous passons toutes nos journées chez Din et Marva. Benoit construit le bateau. Din va cueillir des fruits à pain, des pamplemousse, des noix de coco, des papayes et concocte un nombre hallucinant de recettes différentes à base de tout ce qu’il trouve sur les arbres. Le tout cuit sur un feu de bois qu’il faut alimenter, alors la tronçonneuse est souvent de sortie pour aller couper du bois, et Din revient charge comme une mule. Je passe le plus clair de mon temps à discuter avec Marva, à jouer avec les enfants, à donner des coups de main sur le « chantier naval », pour la cueillette ou en cuisine.

Petits pains au feu de bois


Un des innombrables festins qui nous auront été servis

Un matin je suis restée au bateau pour préparer de la pate à pain quand un boat boy s’approche et me dit qu’un certain Simon m’appel depuis un autre bateau. Intriguée je monte dans l’annexe, et m’approche du bateau depuis lequel on me fait signe, un bien beau bateau d’ailleurs, un grand classique en super état, qui à y regarder de plus près me dit quelque chose… Le Blue Peter ! Le bateau sur lequel ma tante Sabine a traverse l’Atlantique cet hiver ! Simon, équipier du Blue Peter pendant la transat, a quitte le bateau depuis plus d’un mois et il est à bord complètement par hasard après avoir croise le bateau à Roseau. Double coïncidence rigolote, parfois les choses sont faites pour se passer ! Simon découvre le mini chantier en cours chez Din et Marva et propose de rester nous aider, il est menuisier et sa contribution au chantier sera très appréciée ! Il pose son sac à bord de Callisto, et passe une dizaine de jours avec nous !

Benoit et Simon au travail...



Trevor, un cousin de Din absolument adorable (ou peut être un cousin de Marva, on perd un peu le fil dans les arbres généalogiques à multiples ramifications qui caractérisent les familles Dominicaines),  nous fait visiter l’Université de médecine ou il travaille. Un vrai campus à l’américaine : à perte de vue des bâtiments suréquipés, des amphis derniers cris ou tout est informatise, une banque, plusieurs superettes, un bureau des douanes dédié à la réception des colis des étudiants, terrain de tennis et piscine… En cas de catastrophe l’Université serait autonome en eau et en électricité, une vraie petite ville en bordure de la ville, le contraste avec Portsmouth et ses maisonnettes faites de tôles et de bois est assez saisissant. Trevor nous indique que les étudiants viennent d’un tas de pays différents, une grande diversité culturelle !
Nous sommes tout d’abord assez impressionnés ! Je demande combien d’étudiants viennent de Dominique. « Cette année je crois qu’il y en a seulement trois ». Ah bon, et les étudiants qui sortent diplômés restent travailler dans les hôpitaux de Dominique au moins ? « Non non, les salaires sont beaucoup trop bas pour eux ici, dans les hôpitaux dominicains la plupart des médecins viennent de Cuba en fait » Ah bon, nous commençons à cerner un peu mieux le lieu… Le tout appartient à un business man américain, les frais d’inscription sont dignes des grandes écoles françaises  Les équipements médicaux sont plus à la pointe dans ces labos que dans les deux hôpitaux du pays, mais bien sur personne n’est autorise à venir se faire soigner ici… Nous apprendrons plus tard que le premier ministre est propriétaire d’une grande partie des terrains avoisinants, ou ont pousse des centaines de petits immeuble de logement loues aux étudiants. Un marché extrêmement juteux qui expliquerait pourquoi le gouvernement Dominicain accueille à bras ouvert cette Université qui ne semble pourtant aucunement bénéficier à sa population. Malgré cela, pas question de débloquer des fonds pour financer l’inscription d’élèves dominicain… Voila qui en dit non sur les intentions du gouvernement en place.  Avant la création de cette petite ville en marge de la ville, cet espace servait de jardin potager public, tous les habitants de Portsmouth pouvaient venir y cultiver ce dont ils avaient besoin pour se nourrir. Mais ca c’était avant. Désormais ces terres fertiles ont disparues sous le béton, et les habitants de Portsmouth doivent aller acheter leur nourriture dans des supermarchés. Désormais pour pouvoir se payer de quoi manger ils doivent travailler comme caissier pour ces même supermarchés qui leur vende ce qu’ils faisaient pousser eux même hier, il parait qu’on appel ca le progrès… Mais qu’on se rassure, un grand hôtel est en train de sortir de terre devant le mouillage de Portsmouth, ca va dynamiser l’économie locale, permettre aux habitants de venir travailler pour gagner de quoi manger tout en engraissant des investisseurs étrangers… Et devinez qui est propriétaire d’une grosse partie de l’hôtel, monsieur le premier ministre lui-même bien sur !

Din et Marva eux aussi ont vécu ce progrès, ils ont émigré dans d’autres iles des Antilles ou l’on trouve du travail et ont bosse dur pour gagner leur croute, s’acheter une voiture, des fringues cool. Et puis ils ont fait le choix de retrouver leur terre natale, et de se défaire de leur dépendance à l’argent. Redevenir indépendant, se défaire de ce qu’ils voient comme une forme d’esclavage moderne. La Dominique est un des rares pays que nous connaissons ou la nourriture abonde encore dans la nature, et ou l’eau potable coule sans fin de centaines de sources. Un pays ou il semble encore possible de vivre simplement, un pays où on peut vivre sans dépendre de personne d’autre. Mais cette liberté totale ne se préserve pas sans efforts. Au contact de cette famille nous prenons pleinement conscience de l’énergie qu’il faut déployer quotidiennement pour être en mesure de subvenir à tous ses besoins. Plusieurs personnes nous confirment que de moins en moins de dominicain ont la force de vivre comme les générations précédentes. L’exode rurale est en marche depuis longtemps déjà ici, les terres sont délaissées, les fruits poussent moins abondement. A certains endroits les arbres fruitiers sont étouffés par les mauvaises herbes faute d’être entretenus, à d’autre la terre s’intoxique à coup de pesticides envoyés par les Anglais pour accélérer le nettoyage des terrains avant la plantation. Des produits extrêmement toxiques qui sont interdits en Europe mais que la Patrie Mère (La Dominique fait partie du Common Wealth de la couronne Anglaise) s’autoriserait apparemment à employer ici, loin des yeux de ses consommateurs avides de bananes en quantités industrielles.

Les derniers jours passent à vitesse grand V. Benoit et Simon s’activent pour terminer leur ouvrage et le bateau a de plus en plus de gueule chaque jour. Toute la ville semble s’être donné le mot que Din se fait construire un bateau et les curieux défilent toute la journée. Les matériaux disponibles ici et les techniques utilisées par les boat builder locaux ne permettent pas un boulot aussi net, on voit toutes les têtes se hocher d’un air admiratif : « This is a proper job you are doing, nice work ».
Toute la famille s’active pour être sur que le jour J nous partirons les bras charges d’un maximum de choses. J’aide Marva à récolter un sac entier de noix de coco, qu’on ouvre à la machette, qu’on râpe, dont on extrait le lait en pressant la chair dans de l’eau, qu’on fait bouillir pendant des heures pour finalement obtenir de l’huile. Din revient d’une de ses missions bois avec deux magnifiques branches qui vont bientôt devenir des « rod », des bâtons de marche traditionnels qu’il va décorer pour nous en les marquant avec du fer chauffé dans le feu. Petits et grands creusent les calebasses pour en tirer un jeu de verres et de plats qui viendrons remplacer la vaisselle en plastique de Callisto. Marva s’attaque à mes cheveux pour la deuxième fois, elle a failli ouvrir un salon de coiffure il y a quelques années, et je comprends pourquoi : elle natte mes cheveux en un clin d’œil, me faisant même la surprise d’y inscrire les initiales K.B. sur le cote gauche, la grande classe…

Attention aux coups de soleil...


Calabasses décorées par Din et Benoit

De retour de la ceuillette

La râpe a noix de coco super grand format, 
il faut bien ça quand on voit le nombre de noix de coco 
qui passent entre les mains de Marva chaque jour...

Nous repartons avec un grand pot de "Seasoning" façon Din, 
de quoi agrémenter tous nos petits plats en un clin d'oeil...


La veille du départ, la journée n’est pas assez longue pour tout ce que nous voulons en faire, la nuit est déjà tombée quand nous partons pour la dernière fois « on a journey » dans les collines. Simon est épuisé et ne sera pas de la partie. Comme pour boucler la boucle c’est à nouveau Din Benoit et moi qui empruntons la route des Cabrits, et défions la colline en quête de tout ce que nous trouverons de juteux et sucre à fourrer dans nos sacs à dos. Cette fois ce n’est plus le soleil qui nous brule la tête, mais la lune quasiment pleine qui nous montre les fruits dans les arbres… De retour sur la plage c’est l’heure de la mise à l’eau. Din a voulu faire ça au clair de lune, discrètement juste entre nous. Le moment est émouvant, nous mettons le hors bord de notre annexe à l’arrière du bateau qui a tout juste fini de sécher et lançons la bête dans la baie. Apres un dernier « Bush Tea » partage autour du feu, il est trois heures du matin quand nous glissons vers Callisto. Quatre petites heures de sommeil avant de décoller vers la Guadeloupe ou nous devons déposer Simon qui reprend un avion vers l’Europe.


Une partie des kilos de fruits que nous embarquons a bord

Cette fois il ne manque plus que la peinture...


Nous avons pris une belle leçon de vie auprès des gens formidables que nous avons rencontrés ici… De quoi nous amener à réfléchir sur notre mode de vie, à remettre de l’ordre dans nos priorités, et nous donner envie de profiter à fond des mois de liberté qu’il nous reste à vivre à bord de Callisto !
Nous mettons désormais cap sur Haïti, et prévoyons uniquement quelques étapes rapides sur la route. Notre ami Gonzague a récemment eu quelques soucis et nous avons proposé de récupérer un chargement de vêtements qu’il devait emmener à un orphelinat la bas... La Dominique est déjà loin derrière nous, environ 240 milles nautiques au Sud Est. Nous sommes arrivés il y a deux jours à St Croix, Iles vierges Américaines. 

A bientôt pour d’autres nouvelles du bord !

samedi 26 janvier 2013

Au bout de quelques temps au marin, il semble se produire toujours la même chose : on commence à péter un plomb ! Ca nous était arrivé l’année dernière alors qu’on préparait Callisto pour la saison des cyclones, et ca nous est arrivé à notre retour cette année alors que nous attendions patiemment que nos voiles rentrent de la voilerie. Ahh le marin, une escale technique très utile, mais un lieu qui a tendance à vous faire oublier les rêves de voyage à mesure que vous vous empêtrez dans le quotidien de ce mouillage gigantesque… ce n’est pas ce que les marins en voyage ont engendré de mieux… Des qu'on croise des copains de mouillage les mêmes mots ressortent « Le Marin, on voudrait tous l’éviter mais on fini tous par s’y retrouver tôt ou tard, sans vraiment savoir pourquoi… » Il faut dire qu’on trouve de tout ici, une voilerie, plusieurs "chandleries", des supermarchés, un café internet, des boites aux lettres à la marina, des copains de passages… Et d’ailleurs c’est bien eux qui nous ont aide à  passer un moment ici, les copains ! On a retrouve Raph, en solo sur son arpège : ses dessins, sa musique, ses recettes de pain indien… cette année il est en train de monter une batterie dans la cabine avant de son petit bateau, pour accompagner ses morceaux de guitare. Il nous rappel tout ce qu’on peut faire dans la vie quand on prend le temps de se consacrer à ce qu’on a vraiment envie de faire. On retrouve aussi Gonzague et Carole, encore en train de penser à changer de bateau, Gonzague prend le temps de filer un bon coup de main à Benoit pour réparer notre moteur d’annexe qui fait toujours des siennes, merci !
Le jour de Noel nous retrouvons finalement Jean Marc et Mama. Longues soirées à se raconter ces derniers mois, à débattre ardument de tout un tas de sujets qui comptent, et bien sur à parler bateau… le leur est à vendre… Nous partons en mission kite surf avec Jean Marc. Depuis Sainte Anne, juste à cote du Marin, on peut facilement se rendre à Cap Chevalier, là ou nous avions pris des cours l’an dernier. Gros progrès pour Jean Marc et pour moi, le spot est vraiment top pour les débutants il faut en profiter. Un jour on tente une session kite depuis Thorsson, le bateau de JM et Mama. Pas besoin de plage, même quand on se sait pas remonter au vent on peu se permettre de perdre du terrain sans s’en faire, le voilier suit le kite surfer et vient le récupérer au moment venu, le pied ! Bien sur une des lignes se prend dans le moteur de notre annexe au moment de récupérer Jean Marc et c’est la fin de la session… A mon avis dans le niveau blanc du brevet de kite surfer il devrait y avoir un truc du genre "reste patient quand les lignes se retrouvent en gros tas de noeuds impossible a demeler". Un truc à refaire sans fautes en tout cas (sans le gros tas de noeuds...) !! 



Jean-Marc et Mama sur leur superbe 38 pieds, Thorsson

Préparation du kite a l’arrière de Thorsson

Finalement, quelques jours après un nouvel an passé assez inaperçu, nous récupérons nos deux voiles et décidons que nous n’avons plus de raisons de rester au Marin. Nous levons l’ancre pour la première fois depuis de long mois, et il nous démange d’aller retrouver Raph à Carriacou dans les Grenadine. Mais réflexion faite nous ne pouvons pas aller trop loin, on annonce un bon coup de vent et nous devons récupérer Vincent, le frère de Benoit, en Martinique le 9 Janvier. Ce sera donc direction Sainte Lucie, juste au Sud de la Martinique. Nous avions fait l’impasse sur l’ile l’année dernière. Nous sommes super excites de naviguer à nouveau, et péchons un petit barracuda à notre première tentative (conseil de Jean Marc, toujours mettre deux lignes en même temps !). Comme on l’avait imaginé, Sainte Lucie croule un peu sous le tourisme de masse, et ca se ressent jusque dans les rapports avec les locaux dans les mouillages, on se sent pris pour des portefeuilles sur pates et avons du mal à échanger le moindre mot sans que cela tourne en une occasion de nous facturer un « service » imaginaire… On n’est pas hyper fan de l’ambiance mais essayons de profiter du cadre sublime d’un mouillage aux pieds des pitons. Premiers bains de l’année dans une eau vraiment très claire… 


Trois mino de Soufriere venus grappiller ce qu'ils peuvent auprès des plaisanciers,  ils sont repartis avec une de nos casquette.

Les fameux piton de Sainte Lucie





Le 6 Janvier le coup de vent annoncé arrive, et nous voila coincés dans le mouillage le plus au Nord de Sainte Lucie, Rodney Baie, un vrai petit Disney Land pour touristes. Heureusement, le petit bar du pseudo parc naturel de Pigeon Island est plutôt sympa, on aura même droit à un concert de jazz inattendu. Certains musiciens semblent assez connus, peut être sont ils dans le coin à l’occasion du festival de Jazz de Bequia ? Nous n’y connaissons pas grand-chose mais apprécions la musique et l’atmosphère!! 



Le 10 Janvier le vent semble s’être calmé un peu, Vince nous attend déjà en Martinique depuis la veille et nous décidons de nous lancer dans le canal qui sépare les deux iles. Vingt petits milles à parcourir, en temps normal ça nous prendrait 4 à 5 heures à peine. Mais quand il s’agit de remonter les Antilles du Sud vers le Nord rien n’est jamais si simple... Il faut naviguer quasiment face au vent, et aujourd'hui ce sera avec des creux de trois a quatre mètres et 25 nœuds de vent établis. Le vent forcit pas mal dans les grains, nous obligeant à garder deux ris dans la grand voile, on se retrouve un peu sous toilés le reste du temps et devons régler les voiles en permanence pour garder la puissance nécessaire pour passer les vagues. Exactement ce à quoi on s’attendait, on se fait bien rincer mais il fait chaud, et on est content. De quoi confirmer que Callisto a la patate, et que nous sommes plus que jamais prés à avaler des milles ensemble ! Juste sous notre vent, un petit groupe de globicéphales croise notre route (petites baleines au nez arrondi), quelques instant plus tard ils ont disparu mais nous découvrons un banc de dauphins au ventre tout rose juste de l'autre cote de Callisto, un petit moment de bonheur offert par dame nature...
Nous prenons un peu de repos des qu'on commence à être protégé par la Martinique, moins de houle, moins de vent. Nous gagnons 30 dégrée de cap en quelques heures, et commençons à reprendre espoir d’arriver au Marin plutôt que de devoir remonter jusqu’à Fort de France.

Le lendemain de son arrivée, Vince a rendez-vous à Cap chevalier pour un cours de kite. Alain, le prof de Kite, est devenu un ami depuis l’an dernier et après quelques Rhum sur la plage nous finissons par aller diner chez lui le soir même. Le cadre est magnifique, Alain et sa compagne nous servent du marlin fraîchement pêché avec une sauce noix de coco. Les fruits de la passions sont près à être cueillis dans leur jardin, on repart avec quelques provisions... 


La plage de Cap Chevalier

Bientot a l'eau !

Dejeuner au p'tit resto "Le Cocotier", produits et recettes locales, bonne humeur assuree

Nous louons une voiture pour faire découvrir à Vince le Nord de la Martinique. Direction l’anse couleuvre. On avait eu la chance de s’y mouiller avec Callisto par une journée particulièrement calme l’an dernier ; cette année la houle de Nord est en place et le mouillage tranquille s’est transformé en rendez-vous des surfers ! Le cadre est sublime, nous posons deux hamac sous les cocotiers et passons une nuit aux sons de la foret tropicale, pas toujours très rassurante mais vraiment fascinante…

Merci a Clémentine et Mama pour les deux hamac, au top !





Rigolo mais pas tres efficasse pour recuperer des noix de coco,
on a fini par les ramsser par terre, comme tout le monde...

Au réveil nous chaussons nos chaussures de marche et partons faire un petit tour dans la foret tropicale, la ballade mène à une petite cascade. Nous sommes à la fin de la saison des pluies, on croise beaucoup plus de fleurs que nous n’en avions vues l’an dernier…


Callisto seul au monde l'annee derniere devant l'anse couleuvre







Benoit et moi commençons à avoir des fourmis dans les pieds à force d’être en Martinique, Vince se laisse volontiers guider, c’est décidé nous mettons cap sur la Dominique pour la suite de son séjour avec nous ! Une ile qui nous fait rêver depuis le début de notre périple…






DOMINICA

En arrivant au mouillage devant Roseau après une courte nav. de nuit depuis le sud de la Martinique, nous pensions y passer une journée et une nuit. Le temps de faire les formalités d’entrée dans le pays auprès des douanes et de flâner dans les rues de la capitale avant de caboter vers le Nord de l’ile. Et puis finalement… il y a eu l’accueil de Pancho sur sa chaloupe colorée, venu nous proposer une bouée de mouillage. Pancho nous a d’abord souhaité la bienvenue, nous a demandé si la nav. s’était bien passée, il a rigolé, il nous a indiqué un endroit où laisser notre annexe, il nous a dit que si on n’avait pas de sous sur nous on pouvait payer la bouée avec une bouteille de rhum, et que de toute façon on verra ca plus tard… le changement est radical par rapport aux autres iles ! Il y a eu cette eau si claire qu’on voit tous les détails du fond malgré les 20 mètres de profondeurs sous le bateau… il y a eu ces petites maisons au bord de l’eau, faites de trois fois rien mais ou les gens du coin semblent vivre tellement paisiblement… Il y a eu les rues de cette capitale remplies de musique et de couleurs, ces sourires et ces « Good morning, how is it going ?» à chaque personne croisée entre le mouillage et le centre ville…  Finalement nous sommes reste amarrés à la bouée de Pancho pendant 6 jours, et n’avions pas vraiment envie d’en partir. 



Devant le mouillage



Le centre ville de Roseau




Poncho nous a proposé une rando guidée, il parait que la Dominique offre les plus belles randonnées des Antilles, ca fait des mois qu’on y pense alors malgré le prix assez élevé on se lâche et acceptons l’offre. Rendez-vous est pris avec d’autres « yacht people » à 9 heures le lendemain matin, sur le petit ponton ou nous laisserons notre annexe. 40 minutes de trajet dans un taxico conduit par le guide, ca monte et descend fort, première vitesse obligatoire, ca tourne dans tous les sens. L’intérieur de l’ile est une succession de volcans endormis recouverts de la végétation la plus luxuriante qu’on aie jamais vue. Le guide nous indique ca et là des cascades qui semblent débouler de nulle part dans le loin. De temps en temps le taxico s’arrête et le guide remonte avec une touffe d’herbe qui embaume le citron, un morceau d’écorce de cannelle, un bouquet de feuilles de sauges, il nous indique des plantations de café et nome les différents arbres fruitiers.  On atteint la cote atlantique, ca continue de monter. 
Victoria falls, nous allons remonter une des nombreuses rivières de l’ile jusqu’à une cascade (on raconte qu’il y aurait 365 rivières en Dominique, une pour chaque jour de l’année… comme d'habitude je crois tout ce qu'on me dit sans sourciler, mais Benoit précise qu'il y en aurait en fait 200). Finalement la rando est plutôt courte, pas vraiment de quoi faire travailler les gambettes… mais ça valait quand même le détour ! A cinq reprises nous traversons la rivière. De l’eau jusqu’en haut des cuisses, en cherchant du bout du pied les pierres sur lesquelles marcher. On abandonne vite l’idée de garder son short sec, et on avance pieds nus, les chaussures de marches attachées autour du cou. Petit à petit les rochers à enjamber deviennent des rochers à grimper et les mains se tendent pour s’entraider dans les passages difficiles. Bien sur les frangins Quemener n’ont aucun mal à se hisser de rocher en rocher, mais d’autres dans notre groupe n’ont plus 30 ans et garderons surement en mémoire une matinée un peu sportive. La foret tropicale est impressionnante, la rivière chargée de souffre coule blanche dans un vacarme qui vient se meler aux bruits de la foret. A l’arrivée nous nous jetons avec bonheur dans le grand bassin de la cascade. 








A l’arrivée de la ballade, l’oncle de Pancho tient un petit resto rasta. Dans le « Rastaurant » tout provient des arbres et du petit potager qui entourent la cabane : depuis les plantains, patates douces, fruit à pain et lait de coco du plat unique, jusqu’aux calebasses dans lesquelles cette soupe rasta nous est servie. La soupe est cuite sur un feu de bois, l’eau de la cascade est pompée par un système de bélier, la seule trace d’équipement électrique est un ordinateur portable relié à des enceintes, parce que la bande de rasta qui évoluent autour de ce lieu ne pourrait quand même pas se passer de reggae !! L’après midi notre guide nous emmène dans les hauteurs de Roseau nous baigner dans des eaux de sources chaudes. Dans ce parc naturel, on a installé des baignoires percées dans les lesquelles l’eau chaude coule en continue. Un vrai bain, qui reste chaud à l’ infini… quel délice !

D’après ce que nous avons pu en voir lors de notre passage trop rapide, l’économie touristique locale se base sur ce tourisme vert, qui met en avant la connaissance que les gens du coin ont de leur île  de ses plantes et de ses rivières. Une bonne partie de la Dominique est classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Le gouvernement gère plusieurs parcs naturels qui sont entretenus et balisés grâce aux recettes des tickets d’entrée et à des subventions internationales. Apres ce que nous avons pu voir sur d‘autres îles voisines, nous sommes  conscients que la préservation de cette nature et cette simplicité dans les rapports avec les habitants ne tient qu’à un fil. 



Petit clin d'oeil à Seb, Benoit a essaye de faire comme toi mais en beaucoup moins classe...


Le lendemain nous partons tous les trois à la recherche d’un bus public pour nous amener à proximité d’un autre départ de rando. Nous sommes contents de soutenir l’économie locale en faisant appel a un guide, mais on se dit aussi qu’il doit bien y avoir moyen d’aller se balader sans devoir débourser des fortunes ! Ce jour la c’est « jour de paquebot », plusieurs fois par semaines d’énormes paquebots de croisières viennent déverser leur milliers de passager, qui ont quelques heures pour « découvrir » l’ile. Nous arrivons en ville au moment du débarquement, et sommes étourdis du changement d’ambiance. Le centre ville s’est métamorphosé : des vendeurs de souvenirs sortent de chaque recoin, un périmètre est délimité par des barrières tout autour du ponton d’où débarquent les passagers. Plusieurs douzaines de chauffeurs/guides homologués s’entassent derrière les barrières et interpellent les touristes. Bien évidement nous sommes incorporés à ce cirque et interpelés toutes les deux minutes. On tourne en ville pendant un petit moment, le flot de passagers débarquant du paquebot ne faiblit pas, une véritable marée humaine qui ensevelis la ville et transforme tous les rapports humains en un schéma simple : si tu es blanc c’est que tu as de l’argent et que tu veux voir des cascades rapidement et sans te fatiguer, je vais te donner tout ce que tu veux en échange de tes dollars. Par curiosité on demande un prix à un des chauffeurs pour nous déposer à Laudat, 150 dollars ! Une petite fortune, tout ca pour 15 minutes de bus !! Le mec essaye même de nous convaincre que nous n’avons pas d’autre solution, qu’il est déjà tard pour partir en rando, ca nous prendrait trop longtemps de nous y rendre par nos propre moyens, ca ne serait pas facile… Nous finissons par trouver l’endroit ou les locaux attendent le bus public, et sautons dans un taxico quelques minutes plus tard. Pour 10 dollars par personnes, le chauffeur fait un détour pour nous déposer devant le départ de la rando, et propose de passer nous prendre au même endroit en fin d’après midi pour nous ramener en ville…

Le troisième jours, nous nous joignons à des voisins de mouillages pour une autre rando guidée. Bambou nous emmène au boiling lake, 6 heures de rando qui mêle foret tropicale et paysages complètement inattendus. La rando nous emmène vers le cratère d’un volcan dans lequel se jettent plusieurs cours d’eau chauffés par le souffre jusqu’à former un lac en ébullition constante. Sur la route nous nous baignons dans des sortes de baignoires naturelles ou l’eau est juste assez chaude pour être agréable, plus on avance plus l’eau est chaude, au point qu’en traversant les derniers cours d’eau on fait bien attention à ne pas glisser un pied dans l’eau : l’eau boue littéralement.


On appercoit au loin la fumée du lac
De l'eau bouillante s’échappe d'entre deux caillou sur le chemin
Une des baignoires naturelle dans laquelles nous
prenons un bain chaud en plein milieu de la  rando

La vallée de la désolation, soudain plus rien a voir avec la foret tropicale...

Baignade dans "titou gorges" a la fin de la journée.
On s'engage dans une  sorte de grotte qui mène a une première cascade,
en la franchissant on accède a une deuxième cascade qui se déverse dans la première...
L'eau est très froide mais l’expérience assez géniale !

Le jour suivant est un samedi, jour de marché à Roseau. On décide d’aller faire le plein de produits frais avant de mettre finalement cap au nord de la Dominique. Sur le chemin nous croisons Bambou, notre guide du « boiling lake », il commence par se moquer de nous pour aller au marché si tard, apparemment tous les fruits les plus frais seront déjà partis. Il est à peine 8 heures du matin et on commence à se demander à quelle heures les gens se lèvent ici… D’après Bambou on a vraiment mal choisi notre jour pour quitter Roseau : d’une on n’a pas encore eu l’occasion de boire un coup avec lui (il a du oublier le Rhum punch dégusté dans un petit bar sur le bord de la route en rentrant de rando, tout le monde a eu le droit à un petit verre, y compris le chauffeur), et de deux cet après-midi va avoir lieu la cérémonie d’ouverture du Carnaval ! Un carnaval en plein mois de Janvier, ca aussi ca nous parait un peu précoce mais on le croit sur parole… et décidons de rester encore un peu à Roseau !
Le marché est superbe, les étales sont tout ce qu’il y a de plus simple mais les fruits et légumes sont magnifiques, et les vendeuses prennent le temps de nous expliquer comment préparer tel ou tel fruit inconnu. Comment se fait t'il qu’en Martinique on ne trouve que des tomates vertes à tendances oranges et sans gout alors qu’ici le marché regorge de tomates bien rouges et délicieuses ? Même chose pour les bananes… Il semblerait que la quasi totalité des plantations de bananes martiniquaises sont de grosses exploitations subventionnées et dédiées à l’export, au point qu’il ne reste presque plus de petites plantations ou on laisserait les fruits murir avant de les vendre aux gens du coin sur les marches… cherchez l’erreur…
Aujourd’hui pas de livraison de touristes par paquebot, Roseau est tout à ses habitants et aux rares touristes chanceux dont nous faisons partie. Les chars du carnaval commencent à arpenter la ville en début d’après midi. Les rues se remplissent d’une foule de plus en plus opaque à mesure que les heures avancent. Toute la jeunesse de Dominique semble s’être donné rendez-vous autour des enceintes des deux camions de queue qui vibrent au rythme d’une sorte de ragga. La poignée de musiciens qui font bouger la foule semblent être des stars nationales. Le genre de moments complètement inattendus comme on les aime !! On arrose ca de quelques rhum histoire de se mettre dans l’ambiance et suivons le cortège qui remonte la rue principale et commence à sortir de la ville. Au bout d’un moment les chars ont disparus et seuls restent les deux camions de queue ; nous arrivons à l’entrée d’un stade transformé en lieu de festival. On commence à avoir bu un ou deux rhum de trop, mais n’avons aucune envie d’en rester la ! Mine de rien on se retrouve à acheter des tickets, bracelet en papier autour du poignet on s’enfonce dans la foule à l’intérieur du stade. La soirée commence par une cérémonie d’ouverture de la saison du carnaval avec défilé des aspirantes au titre de miss Dominique, discours du ministre de la culture et tout le tralala. S’en suit un gros concert de raga en plein air. On renonce à imiter les déhanchements suggestifs des jeunes autour de nous mais passons quand même une soirée au top. Nous avons la sensation de partager un moment cool avec cette foule souriante, complètement fondus dans la masse malgré le fait que nous sommes probablement les seuls personnes blanches de peaux aux alentours…







Nous devons redescendre vers la Martinique à temps pour que Vince attrape son avion à Fort de France. On l’aurait bien garde avec nous Vince, ces deux semaines sont passées a vitesse grand V et il s’est fondu dans le petit espace de vie qu’offre Callisto comme si de rien était !

Dernier mouillage martiniquais pour Vince, qui aura enfin croise une ou deux tortues avant de retrouver le froid de l’hiver !



Le compte à rebours a commencé pour atteindre le Canada au printemps, mais nous avons quand même décidé de retourner en Dominique avant de poursuivre notre chemin. Nous nous sommes rarement senti aussi bien accueillis lors de nos escales et avons envie de voir plus de ce pays qui nous a laisses complètement sous le charme... Nous espérons pouvoir passer un moment plus au Nord de l’ile.